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Crêperie Maxime

La crêperie Maxime

98 rue Emile Zola

Entre patrimoine retrouvé et liberté de création

En passant devant cette maison, deux façades attirent immédiatement le regard. L’une semble sortie du Moyen Âge, l’autre affiche des accents baroques inattendus. Cette apparente contradiction raconte une aventure passionnante où la restauration d’un patrimoine ancien s’est transformée en dialogue entre histoire, création et contraintes contemporaines.

La recherche scientifique au service de l’histoire de ce quartier

Les recherches menées avant les travaux apportent des informations intéressantes. Certaines poutres présentent des caractéristiques qui pourraient les faire remonter à une époque antérieure au grand incendie de 1524. Les encorbellements, les solives sculptées et les décors végétaux témoignent d’un savoir-faire médiéval devenu très rare dans le centre de Troyes. Comment cette maison a-t-elle pu survivre alors que le feu a ravagé tout le quartier ? Les spécialistes avancent une hypothèse : les flammes se seraient propagées principalement par les toitures en chaume, épargnant parfois les rez-de-chaussée et certaines structures porteuses. Cette demeure serait ainsi l’un des rares témoins directs de ce quartier de  ville d’avant l’incendie.

Nous en profitons pour rappeler qu’avant cet incendie historique  et jusqu’à l’Edit de Sully prononcé en 1607, les maisons en pans de bois faisaient l’objet de sculptures ornementales, extrêmement riches pour certaines, sur l’ensemble de la façade et constituaient fréquemment un élément de distinction sociale. L’Edit de Sully qui avait vocation à prévenir les ravages des incendies de ville, préconisa notamment d’enduire les façades à pans de bois ce qui contribua, au fil des ans, à relativiser l’intérêt d’orner les façades puisque les bois étaient dorénavant recouverts.

    
Photos de la rue Urbain IV avant l’aménagement de la place du Marché au Pain (sur la droite)

Un projet de réhabilitation à deux visages

Mais revenons en 2006, avec Monsieur Berton le propriétaire, qui entreprend une restauration ambitieuse. Le projet se révèle rapidement complexe car la maison présente deux visages. Côté rue Émile-Zola, le contexte architectural impose une restauration fidèle au XVIᵉ siècle : pans de bois restaurés, enduits traditionnels, décors sculptés et bardages rouge « sang de bœuf » redonnent toute sa personnalité à la façade.

Côté place du Marché-au-Pain, l’histoire est différente. Les transformations successives du quartier ont profondément modifié les volumes et les ouvertures. Les architectes hésitent entre une restitution du XIXᵉ siècle souhaitée par les services de l’urbanisme et une interprétation plus libre inspirée du XVIᵉ siècle. Finalement, un compromis est trouvé : une structure historique est habillée d’un décor plus baroque, laissant s’exprimer la personnalité du propriétaire.

Le chantier connaît également quelques péripéties. Une erreur de coordination conduit à remonter une partie de la façade légèrement en avant de l’alignement des maisons voisines. D’autres débats portent sur le nombre d’encorbellements ou la couleur des tuiles vernissées imaginées par le propriétaire. Ces choix, parfois discutés, témoignent de la difficulté de restaurer un patrimoine où se croisent exigences historiques, contraintes techniques et sensibilités contemporaines.

Aujourd’hui, cette maison illustre parfaitement l’évolution de la notion de patrimoine en danger. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher une démolition, mais de trouver un équilibre entre authenticité, innovation et appropriation par ceux qui font vivre ces lieux au quotidien.

 
Photos avant restauration Emile Zola et Place du Marché au pain
 
Photos pendant les travaux (côté place du Marché au pain)